Ministère de la Santé: des contrats sous surveillance
Denis Lessard
La Presse
Québec
Le vérificateur général du Québec a décidé de mettre son nez dans les importants contrats informatiques distribués par le ministère de la Santé. Pour un engagement de près de 100 millions de dollars, il a posé une question toute simple au ministère de Philippe Couillard; comment expliquer que des dizaines de spécialistes travaillent, depuis le printemps 2007, sur un contrat qui n’est pas encore signé ?
Depuis qu’Ottawa a délié les cordons de la bourse en 2001, le gouvernement du Québec a à sa disposition plus de 300 millions pour introduire les nouvelles technologies dans le secteur de la Santé. Au coeur des projets, le «Dossier de santé du Québec», un pactole totalisant 562 millions qui devrait à terme permettre aux médecins d’interroger une banque de données depuis leur cabinet, pour connaître votre histoire médicale, de vos dernières radiographies jusqu’aux médicaments qu’on vous a prescrits.
Le morceau le plus important de ce contrat - 120 millions - a été accordé à Xwave, une filiale de Bell Canada. Les concurrents, DMR, CGI et IBM n’ont pas apprécié, dit-on dans le milieu, de voir leurs soumissions repoussées parce que ne répondant pas aux critères de «qualité» du Ministère. Toutes trois coûtaient deux fois moins que le projet soumis par Bell, indique-t-on.
Dans l’industrie, on est passablement perplexe devant le temps qu’a pris Québec à enclencher ce processus, annoncé dès 2005.
Surtout, on se souvient bien des déconvenues connues par le gouvernement dans ses projets informatiques; GIRES, un projet ambitieux qui a coûté 225 millions sans même voir le jour, et la «carte-soleil à puce», un projet de 500 millions mis au congélateur par la Régie d’assurance maladie après des dizaines de millions dépensés en vain.
Au cabinet du vérificateur général, Mme Raymonde Côté Tremblay explique que les observations du vérificateur sur les mégacontrats informatiques du ministère de la Santé devraient faire partie d’un rapport qui sera déposé fin mars à l’Assemblée nationale.
Ce coup de sonde fait partie de l’engagement du vérificateur de faire «la vigie des grands projets du gouvernement». On retrouve dans ces projets, SAGIR, un projet de banque de données informatiques destiné à l’ensemble du gouvernement, le CHUM à Montréal, et finalement ce Dossier de santé Québec.
Projets
Québec finance ces projets grâce aux fonds d’Inforoute-Santé Canada, qui existe depuis 2001, doté d’un fonds de 1,2 milliard. L’an dernier, 400 millions ont été ajoutés. Québec a adhéré à ce programme en février 2004 pour avoir sa part du pactole mis sur la table par Ottawa.
Au Québec, on a soumis pour 303 millions de dollars en projets au fond fédéral, des projets qui atteignent 560 millions d’investissements en comptant la part du Québec. Autant de contrats gigantesques qui ont soulevé énormément d’intérêt chez les acteurs importants en informatique au Québec. Le «Dossier de santé du Québec», représente 120 millions de dollars.
Or l’automne dernier, les inspecteurs du vérificateur général ont allumé les voyants rouges quand ils ont observé que le contrat principal du dossier santé (71 millions), accordé à Bell-Xwave, n’avait pas encore été signé.
Les travaux sont déjà commencés. Pour le responsable du projet embauché par Québec, le Dr André Simard, le vérificateur a posé des questions l’automne dernier. «Une des première choses que M. Couillard a annoncées, l’automne dernier, c’est qu’il exigerait que le vérificateur soit en vigie dès le début de ce projet. Il sera avec nous pour les trois prochaines années», a soutenu le Dr Simard.
Il reconnaît avoir entendu parler des doléances du vérificateur dès octobre dernier. Des rencontres ont eu lieu jusqu’en décembre. «On est très conscient qu’on aura besoin de quelques mois pour finaliser tous les détails du contrat final», d’expliquer M. Simard.
La firme a répondu à un appel d’offres très détaillé - un cahier de charges de plus de 250 pages auquel était attaché un «contrat cadre», sur ce qu’attendait Québec. De plus, les deux parties ont une lettre d’entente sur les exigences de Québec en attendant la signature d’un contrat formel.
La lettre d’entente signée le printemps dernier prévoyait une facturation maximale de 5 millions en travaux préparatoires; on est à environ 2 millions, explique-t-on.
«L’équipe de projet a jugé que c’était une façon suffisante de gérer notre risque, de trouver un équilibre entre les délais raisonnables et l’obligation de signer des contrats définitif», explique le Dr Simard.
Au ministère de la Santé, ce contrat avec Bell-Xwave est le seul, financé par Infoway Canada, à ne pas avoir été encore formellement signé précise-t-il.
L’automne dernier, le critique péquiste à la Santé, Bernard Drainville, député de Marie-Victorin, avait rendu public un document sur les coûts «hors portée» du Dossier santé du Québec. Selon le document, un dépassement de 262 millions était à prévoir au-delà des 562 millions prévus par ce programme.
Pour le ministre Couillard, toutefois, des coûts «hors portée» ne signifie pas pour autant des dépassements de coûts. Les déboursés supplémentaires pour ces projets informatiques seront payés à même les budgets du Ministère.