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Français: Québec dissimule des statistiques

Le jeudi 24 janv 2008

 

Français: Québec dissimule des statistiques

Denis Lessard

La Presse

Depuis près de deux ans, le gouvernement Charest retient une étude dévastatrice qui constatait, avant que ne l’annonce Statistique Canada en décembre dernier, que les citoyens de langue maternelle française sont devenus minoritaires dans l’île de Montréal.

L’anglicisation chez les allophones a fait des progrès inattendus depuis 10 ans, et la toute récente décision d’augmenter à 55 000 par année le nombre des nouveaux arrivants ne fera qu’accélérer le processus, dit cette étude.Son auteur, le démographe Marc Termote, en a ras le bol et dit observer « une paranoïa évidente » au gouvernement et à l’Office de la langue devant ses conclusions touchant les perspectives à long terme du français au Québec. Des constats qui, politiquement, sont délicats à expliquer.Sur la base de la langue d’usage à la maison, le spécialiste observe « qu’il y a une baisse du français ». « Tous les facteurs démographiques jouent contre le français » résume-t-il, soulignant qu’il avait, un an avant Statistique Canada, observé que les francophones étaient devenus minoritaires dans l’île de Montréal.Longtemps associé à l’INRS, puis plus récemment à l’Université de Montréal, au département de démographie, le chercheur d’origine belge a remis en août 2006 à l’Office de la langue française la dernière mise à jour que Québec lui avait demandée d’une étude sur l’évolution démolinguistique du Québec.Parmi les causes du déclin du français, « la sous-fécondité des francophones ». «À Montréal, les francophones ont une fécondité inférieure aux allophones, inférieure même aux anglophones », observe-t-il. Certains spécialistes, en décembre dernier, avaient atténué la gravité du constat de Statistique Canada en expliquant que les francophones avaient migré de l’île vers la couronne. « Mais même en dehors de l’île, le pourcentage de francophones baisse aussi. C’est aussi le cas dans l’ensemble du Québec », explique M. Termote.Il avoue avoir été surpris par la baisse rapide du pourcentage de gens qui utilisent le français à la maison dans les régions hors de Montréal. En outre, « le pourcentage de l’utilisation de l’anglais à la maison a augmenté dans l’île et en dehors de l’île. On a sous-estimé la force de l’attraction de l’anglais », soutient M. Termote. À titre d’illustration, il relève le reportage de La Presse publié hier, montrant qu’après 30 ans d’application de la loi 101, il y avait toujours davantage d’allophones qui, en 2006, optaient pour le cégep anglophone plutôt que francophone.Un autre facteur contribue à réduire le poids démographique des francophones : l’immigration. Depuis des années, Québec fait entrer 45 000 immigrants par année, un quota qui sera porté à 55 000 avec l’annonce faite l’automne dernier par la ministre Yolande James. « Or, plus vous faites entrer d’immigrants, plus vous faites fléchir le pourcentage des francophones, il faut être réaliste ».Le gouvernement peut toujours choisir plus d’immigrants qui connaissent le français, ils restent majoritairement des non-francophones. « Cela ne rend pas le français plus attractif. Cela ne dit rien de la capacité des francophones à intégrer ces groupes », constate le démographe. « Avec 55 000 immigrants, le pourcentage de francophones descend beaucoup plus vite, et on atteint plus vite la minorisation sur l’île en ce qui touche la langue d’usage ».Actuellement, le français est la langue d’usage de 52,6 % des habitants de l’île de Montréal, selon le recensement de 2006. « L’important, selon M. Termote, n’est pas de savoir si on sera minoritaires en 2021, en 2018 ou en 2025. La date exacte est secondaire. Pour moi, l’important est la tendance ; on est certains qu’on va être minorisés. On ne peut pas en sortir tant qu’il y a sous-fécondité, qu’il y a une immigration internationale aussi forte et qu’il y a étalement urbain. On ne peut pas en sortir, il n’y a rien à faire, on peut discutailler tant qu’on veut », laisse-t-il tomber. Le couvercle sur la boîteAvec la résurgence récente du débat linguistique, le gouvernement Charest a voulu mettre le couvercle sur cette boîte de Pandore et renoncé à une publication prévue pour vendredi dernier.« J’ai rencontré la ministre (Christine) St-Pierre il y a deux semaines, mais mon rapport final a été remis en août 2006 à l’Office de la langue. Ils ont attendu que les ministres qui se sont succédé comme responsables de la langue donnent l’accord pour la publication et ce n’est jamais venu », dénonce le démographe.Quand il pressait les fonctionnaires de publier son étude, « je me faisais dire : nous, on veut bien mais c’est le ministre qui bloque », a-t-il soutenu hier dans un long entretien à La Presse.À l’époque, Line Beauchamp était responsable du dossier. Christine St-Pierre a pris le relais en avril 2007, « et il y a deux semaines, Mme St-Pierre avait décidé rapidement qu’on publiait vendredi dernier. Une séance d’information était même prévue à l’Institut d’hôtellerie, qui a été annulée à la dernière minute », a confié M. Termote.Pour lui, Mme St-Pierre, « comme ex-journaliste », était manifestement « de bonne foi », favorable à ce que ce document puisse être rapidement accessible. « On sentait que, pour elle, cacher un document, ce n’était pas bon ». On en aura décidé autrement « en haut », présume-t-il. Car la présidente de l’Office de la langue, France Boucher (une ancienne employée politique libérale sous le gouvernement Bourassa) a passé un coup de fil à M. Termote pour lui annoncer que la conférence de presse de vendredi dernier était annulée. Cette étude serait tombée la même semaine que l’enquête du Journal de Montréal sur l’embauche d’une unilingue anglophone à Montréal et en même temps que la controverse autour du sondage mené en 2006 par l’Office de la langue sur les services en français dans 2500 commerces du centre-ville de Montréal. Selon M. Termote, « l’accumulation de signaux pareils a rendu les gens du gouvernement nerveux et ils ont décidé d’arrêter les frais ! ».Une demande d’entrevue de La Presse à Mme St-Pierre est restée lettre morte hier.La semaine dernière, La Presse avait eu vent de l’imminence de la publication d’une étude « délicate » pour le gouvernement Charest. Gérald Paquette, porte-parole de l’Office de la langue, avait éludé les questions à ce sujet, en soutenant qu’on confondait avec le « bilan » quinquennal de la situation linguistique que l’Office doit publier avant la fin de mars prochain.L’étude de M. Termote, avec d’autres, sera publiée au même moment. « C’est la première fois que cela se passe comme ça », dit le démographe, y voyant une volonté évidente de balayer sous le tapis des conclusions embarrassantes politiquement. « Ils vont noyer le poisson en la rendant publique avec 46 autres affaires », prédit-il.

février 9, 2008 - Posté par binaryflux | Revue de presse IT | | 2 commentaires

2 commentaires »

  1. C’est un fait historique, les Anglais et les Français se sont toujours adorés. Leur amour mutuel est sans bornes.

    Il est curieux qu’une province comme le Nouveau-Brunswick, qui est officiellement bilingue et dont le taux de bilinguisme se situe aux alentours de 34%, est en fait moins bilingue que le Québec « unilingue » dont le bilinguisme atteint les 40%. Y a-t-il ici conflit entre une politique et une réalité?

    Le 40% de québécois bilingues consiste en grande partie d’anglophones parlant le français. À moins d’être complètement masochistes, ces maudits anglais doivent certainement apprécier quelque chose de la culture francophone.

    En réalité le Canada est un pays plutôt unilingue anglophone (taux de bilinguisme chez les anglophones hors Québec=7%). Aux États-Unis 17% de la population est bilingue (anglais-espagnol). Donc les Américains sont plus « bilingues » que les Canadiens en fait, mais pas autant que les Québécois. Avec notre pourcentage de 40% nous avons, dans ce domaine, une longueur d’avance appréciable sur tous nos voisins!

    Bon, les E.U. ne sont pas officiellement bilingues, vous me direz et l’éducation n’y s’offre qu’en anglais – alors pourquoi le Canada, lui s’efforce d’être bilingue? Et pourquoi le Québec s’efforcerait d’être unilingue? Alors que ni l’un, ni l’autre statut ne reflète la réalité?

    L’idéal « Canadien » plus ou moins actuel émane encore et depuis toujours de la friction initiale entre l’Ontario et le Québec, anciennement le haut et le bas Canada. L’hymne national fut composé par un Québécois, la feuille d’érable est un symbole de l’est du pays, etc. Je doute fort, et je sais même pour avoir parcouru le pays, que cette dynamique est tellement représentative de son ensemble.

    Il est connu qu’en agriculture, la monoculture détruit le sol, et plus rien ne peut y prendre racine à la longue. Donc la diversité des cultures a quelque chose de sain. Le Canada se pique d’être une contrée de la diversité, une « mosaïque culturelle », mais dans son état quasi-unilingue actuel en quoi est plus « diversifié » que le Québec?

    Mais pourquoi est ce que je tiens tant à comparer les deux? Parce qu’enfin oui, je suis séparatiste. Je hurle un « OUI! » jouissif et tonitruant et pourquoi pas? Oui! Oui! Oui! Qu’on en finisse, que le Québec se sépare! Le Québec EST une société très distincte au sein du Canada, peut-être LA plus originale. Que le Québec soit le pays bilingue qu’il est et que le Canada reste tel qu’il est : unilingue anglophone. Ayons au moins le courage de se reconnaître et de s’accepter tel qu’on est AVEC NOTRE « mosaïque culturelle », en faisant des accommodements raisonnables pour notre plus grande minorité visible – c’est-à-dire les anglophones!

    Oui, c’est possible. Prenons l’ exemple d’un pays comme la Suisse, qui a environ la même population que le Québec, soit environ 7 600 000 habitants, dont 1 601 900 étrangers (en attente de leur citoyenneté? – c’est long à ce qui paraît…) La Suisse a quatre langues officielles dont l’allemand, le français, l’italien et le romanche. Ses communautés linguistiques semblent y cohabiter dans une harmonie relative.

    Ils ont, bien sur, un PNB par habitant bien supérieur à celui du Québec (43 540$ vs. 29 499$). Bon, les Suisses ont leurs banques, mais au Québec nous avons toutes ces ressources naturelles qui nous viennent de notre territoire dont la superficie dépasse la leur de 37 fois. Donc oui, c’est possible.

    Imaginez, ils prospèrent, (travaillent en plaçant leur argent dans leurs fameuses banques, font du plein air en mangeant du fameux fromage gruyère, et font des enfants en faisant leurs non moins fameux « yodles ») – le tout en paix ET en ayant 4 langues officielles sur un territoire 37 fois plus petit que le nôtre!

    Elvis Gratton

    Commentaire par pierrejeanjacques | juin 4, 2008 | Répondre

  2. a lecole il nous disse que 82 pour cent du quebec est francais eseque cela est vrai

    Commentaire par petite princesse | septembre 10, 2008 | Répondre


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